L'Empereur invita Cerena à s'asseoir à table et fit appeler un serviteur, qui servit le thé avant de se retirer.
Restés seuls, il se tenait debout près de la porte et l'observait en silence. Elle promena son regard dans la chambre, qu'elle voyait pour la première fois.
L'intérieur révélait une richesse différente de celle de sa propre chambre. Les meubles finement ouvragés, la pièce vaste et lumineuse, les tentures et parures de grande qualité composaient un ensemble harmonieux et confortable, sans jamais verser dans l'opulence.
Se trouver soudain dans cette pièce rendait Cerena terriblement mal à l'aise, son c?ur battant à tout rompre. De sa tasse s'élevait un doux parfum de camomille. Elle en prit une gorgée, la chaleur lui br?lant presque les lèvres. Elle ferma les yeux et savoura cet instant dans un silence total.
Reposant sa tasse, elle dit :
— Je vous remercie pour le thé. Souhaitiez-vous vous entretenir de quelque sujet en particulier ?
Il ne dit rien, continuant de la fixer avec une intensité troublante.
Elle le scruta d'un air interrogateur, attendant qu'il déclenche la conversation.
— J'ai pris une décision, déclara-t-il soudain.
— Une décision ?
Elle eut un léger frisson en portant toute son attention sur lui. Quel genre de décision ? Allait-il à nouveau l'enfermer ?
— Ais-je fait quelque chose qui vous ait déplu ? continua-t-elle, anxieuse.
Seul le silence lui répondit.
Et puis, il annon?a enfin :
— Tu seras ma femme.
— Je suis désolée, qu'avez-vous dit ? demanda-t-elle du tac au tac.
— Tu seras ma femme, répéta-t-il.
Elle continua de le fixer, incrédule, ses yeux s'écarquillant progressivement, et réalisa finalement ses paroles, un air abasourdi sur le visage.
— Je… je ne suis pas s?re de…
— Ne t'en fais pas, il s'agit d'une simple formalité. Il te suffira d'être là.
— Mais… Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?
— Il est temps que l'Empire te reconnaisse officiellement.
La respiration rapide, elle continua à le regarder en clignant des yeux, perplexe.
— Offi…ciellement ? Qu'est-ce que cela signifie ?
— Comme ma femme, et la mère du Prince héritier.
Elle eut un vertige. Se marier ? Avec l'Empereur ? Cela ne signifiait-il pas la fin de tout espoir de quitter un jour cet endroit ? Cela la priverait-il de retrouver un jour sa famille ?
Elle se détourna de l'Empereur et se prit la tête dans les mains, la respiration haletante. Puis elle saisit sa tasse de thé, les mains tremblantes, et en but une nouvelle gorgée. Elle poursuivit :
Unauthorized duplication: this tale has been taken without consent. Report sightings.
— Est-ce la seule chose pour laquelle on me conna?tra ? Aurais-je un titre ?
— Rien de plus n'est nécessaire.
Toute la douceur dont il avait fait preuve depuis son retour… était-ce seulement pour l'amadouer ?
— Pourquoi m'en parler maintenant ? demanda-t-elle. Je doute que vous vouliez conna?tre mon avis…
— Non, en effet. Je souhaitais simplement t'en informer, pour que tu puisses t'y préparer.
— Me préparer…
Faisant fi de toute bienséance, elle but le reste de sa tasse d'une traite.
— Je… j'ai besoin…, bredouilla-t-elle.
Une main se posa soudain sur son épaule, ferme mais douce, qui la fit sursauter. Sans un bruit, l'Empereur l'avait rejointe alors qu'elle lui tournait toujours le dos. Elle lui jeta un regard effrayé.
De sa hauteur, il la regarda dans les yeux avant de lui dire :
— Tu n'as rien à craindre de ma part. Fais ce que j'attends de toi, et tout se passera bien. Je t'en donne ma parole.
Au lieu de la rassurer, son geste la fit frissonner.
On frappa à la porte. L'Empereur retira sa main sans attendre et se dirigea vers la porte, tandis que Cerena fixait à nouveau son regard sur sa tasse vide. Quelques instants plus tard, elle l'entendit derrière elle.
— Nous en avons terminé. Le Capitaine va te raccompagner à tes appartements. Va te reposer.
Au bout de quelques instants, elle se leva d'un geste lent, et se dirigea vers la porte, chancelante, toujours sonnée par la révélation.
Le Capitaine, voyant sa démarche incertaine, la soutint par le bras sur tout le chemin du retour.
???
Dans une grande salle, assis autour d'une grande table rectangulaire se trouvaient une dizaine de représentants politiques et militaires : ministres, conseillers, officiers, scientifiques… Ils discutaient à voix basse en attendant que la personne les ayant rassemblés en cet instant les rejoigne.
La raison du conseil ne leur avait pas été communiquée, mais l'occasion était assez rare pour être importante.
La porte s'ouvrit, laissant appara?tre l'Empereur, marchant d'un pas lent mais assuré. à son arrivée, toutes les personnes présentes se levèrent et s'inclinèrent en signe de respect, puis se rassirent.
Il se pla?a en tête de table mais resta debout. Sans plus attendre, il annon?a :
— Je vais me marier.
Les autres, surpris, se jetèrent des regards interrogateurs.
L'un d'eux prit la parole :
— Une union officielle renforcerait l'Empire. Votre héritier n'en sera que légitimé.
— Mais Majesté, avons-nous de ses nouvelles ? Savons-nous quand il sera prêt à revenir ? dit un second.
— Légitimer un héritier absent et inconnu du public ne me semble pas des plus judicieux, pour le moment du moins… douta un autre.
Un homme en armure, barbu et de grande stature, se redressa, et répondit aussit?t.
— Messieurs. Si Sa Majesté épouse la mère du Prince héritier, ne sommes-nous pas assurés qu'il revienne t?t ou tard… pour elle ?
— C'est vrai… et en faisant d'elle votre femme, vous vous assurez qu'elle ne puisse plus dispara?tre à nouveau, ajouta un autre, plus sombre.
— Sans oublier qu'elle pourra lui offrir d'autres héritiers, dit le scientifique en se frottant les mains.
— Son sang est précieux. L'existence même du Prince héritier prouve qu'elle est la personne qui lui convient. Elle ne doit pas tomber entre de mauvaises mains. Imaginez-vous donc si c'était le cas ?
— Il faut la garder sous contr?le de l'Empire pour éviter tout imprévu, renchérit un conseiller, calculateur.
L'Empereur ne dit rien. Un sourire satisfait se dessina sur son visage.
Personne n'osa plus ajouter un mot. Il tourna les talons et quitta la salle.

