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Volume 2 : Chapitre 5 - Fardeau

  Au milieu de la nuit, les secousses finirent par diminuer, puis cesser, presque soudainement. Les habitants se détendirent. Quoi que cela e?t été, c'était terminé.

  Mais une personne, parmi toutes, savait que c'était faux : Owen, toujours posté sur le mur dominant l'entrée du village. L'épais manteau de fourrure qu'il portait était maintenant blanc de neige, assorti à sa chevelure. Il aurait d? être parfaitement camouflé, si toute sa présence ne reflétait pas le clair de lune.

  Devant lui s'étendait l'unique voie qui menait au village, serpentant dans les gorges de la montagne. Mais on apercevait plusieurs dizaines de silhouettes immobiles sous la neige.

  Owen plissa les yeux. Il recherchait sa présence, parmi toutes les autres, mais en vain : c'était comme s'il n'était pas là.

  L'un des hommes fit un pas en avant.

  — Au nom de Sa Majesté Impériale, j'ai été envoyé ici en tant que messager. Messire Owen, je suis honoré de vous retrouver sain et sauf… et ravi de constater que vous avez bien grandi.

  Owen lui jeta un regard plein d'hostilité.

  — Un messager ? Accompagné de toute une armée ?! répondit-il, impatient.

  — Seulement une compagnie, Messire. Et vu les conditions climatiques et le péril de la mission, vous pouvez comprendre qu'il ne s'agissait de rien de plus qu'une mesure nécessaire.

  — Repartez d'où vous venez sur-le-champ, ou je prendrai moi aussi les mesures nécessaires.

  — Malheureusement, ce ne sera pas possible. Les ordres de Sa Majesté sont absolus.

  — Dans ce cas, il aurait d? venir en personne ; vous ne faites pas le poids.

  L'homme poussa un profond soupir.

  — Je comprends que vous soyez réticent à nous suivre, Messire. à vrai dire, je préférerais ne pas avoir à employer la force. Je ne souhaiterais en aucun cas faire de victimes parmi les innocents ici présents.

  Owen réfléchit un instant.

  — Dites-moi, comment m'avez-vous retrouvé ?

  — Vous faites bien de demander ; Sa Majesté m'a justement dit quoi vous répondre à ce sujet, je cite : ? Pensais-tu vraiment être tombé sur l'information du village par hasard ? ?.

  Owen serra les dents et les poings. Avait-il toujours tout calculé, tout manipulé depuis le départ ? Il enrageait intérieurement de ne pas s'être posé la question plus t?t.

  — Peu importe. Cela ne change rien… Si vous ne partez pas, vous allez mourir.

  — êtes-vous bien s?r de vous, Messire ? Ce serait plus simple si vous abdiq—

  — Non ! le coupa Owen, Jamais je n'y retournerai, et jamais plus je ne le laisserai gagner si facilement? !

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  Depuis le haut du mur, Owen ferma les yeux. Il prit une grande inspiration, et vida ses poumons. Lorsqu'il les rouvrit, c'était comme s'il s'élevait mentalement au-dessus des soldats et pouvait se déplacer librement, toucher leurs esprits. Un à un, il en prit le contr?le. Ils tirèrent leurs épées et les abattirent sur leurs alliés. Le bruit des lames s'entrechoquant retentit dans la montagne, se réverbérant sur les parois rocheuses dans un écho assourdissant.

  Sans perdre un instant, Owen sauta du mur en contrebas, et s'approcha du soldat messager qu'il avait épargné. Celui-ci contemplait le champ de bataille avec un mélange de stupéfaction et d'admiration.

  — Pensiez-vous vraiment être de taille ? demanda Owen, tirant son épée.

  L'homme secoua la tête, et s'inclina, un sourire ambigu aux lèvres.

  — Non, Messire. Jamais je n'oserais prétendre une telle chose. Après tout, vous êtes le digne héritier de Sa Majesté, répondit-il.

  Entendre ces mots irrita profondément Owen.

  Contrairement à ce qu'il avait anticipé, l'homme qui lui faisait face n'avait l'air ni vraiment surpris, ni effrayé. Tout portait à croire qu'il s'y attendait. Un doute saisit le gar?on. Et si tout cela faisait partie de son plan ? Non… c'était impossible qu'il e?t tout prévu. Pire encore, il ne voyait pas comment ses hommes comptaient l'emporter ainsi.

  — Par respect pour vous, Messire, permettez-moi de vous affronter.

  L'homme faisait preuve d'une étonnante assurance compte tenu de sa situation. Il avait s?rement une idée derrière la tête : Owen décida de ne pas le sous-estimer. Après tout, ce n'était plus un entra?nement, mais une situation bien réelle, cette fois.

  L'homme tira son épée et leva son bouclier. Sans hésiter, il s'élan?a en premier, levant son épée au-dessus de sa tête. Ses mouvements étaient plut?t lents et imprécis, presque maladroits. Owen pensa qu'il n'était pas si impressionnant… ce qui lui parut étrange, compte tenu de son statut.

  Il para son coup sans difficulté, et d'un mouvement souple, pivota sur lui-même, tout en repoussant l'épée de son adversaire sur le c?té. Il pla?a alors une attaque dans le dos de celui-ci, déséquilibré par le poids de son propre corps.

  Pendant un instant, il crut avoir l'avantage, mais son coup fut bloqué par le bouclier de l'homme, qui s'était retourné à une vitesse surprenante compte tenu de son équipement. Owen recula et tenta une attaque de front, modifiant son mouvement au dernier instant pour feinter vers son flanc. L'homme ne se fit pas avoir ; il sourit, et abattit son épée dans un mouvement circulaire. Owen n'eut pas le temps d'esquiver, il para le coup, mais son adversaire y avait mis tant de force que tout le corps d'Owen trembla sous l'impact.

  Contrairement à l'impression qu'il avait eue lors de leur premier échange, l'homme était rompu au combat : sa maladresse n'était qu'un leurre, et son assurance, pleinement justifiée. Le c?ur d'Owen accéléra. Il recula d'un pas, reprenant son souffle, qui lui br?lait les poumons malgré le froid, et jeta un coup d'?il au champ de bataille. Des hommes se battaient toujours, certains étaient à terre, et la neige s'était imbibée de leur sang.

  Une douleur lui traversa les tempes, et il eut un vertige. Il secoua la tête et chercha à reprendre son équilibre. Son adversaire, immobile, le regardait d'un air impassible, toujours souriant.

  Ce regard qu'il arborait lui rappela désagréablement celui de cet homme qu'il ha?ssait par-dessus tout. Il serra les dents, raffermit sa prise sur la poigne de son épée, et s'apprêta à retourner au combat.

  — Vous avez fait d'énormes progrès, Messire. Sa Majesté sera fière de vous.

  Ses mots frappèrent Owen comme une impression de déjà-vu, et enfin, il comprit : l'homme en face de lui n'était pas n'importe qui. Il avait été son ma?tre d'armes. C'était celui qui lui avait enseigné le maniement de l'épée. C'était l'un des hommes de confiance de l'Empereur, l'un de ses plus fidèles serviteurs, et probablement un soldat haut gradé dans son armée. Tout faisait sens.

  — Vous…

  — Avez-vous enfin compris, Messire ? demanda-t-il, son sourire s'élargissant. Le temps a passé très vite pour vous ; vous aviez s?rement oublié. Mais moi, je me souviens. Tout ce que vous savez, c'est moi qui vous l'ai appris. Vous vous êtes bien entra?né pendant toutes ces années… mais votre style, lui, n'a pas changé.

  — Vous vous trompez. Vous n'êtes pas le seul à m'avoir appris des choses.

  Owen s'avan?a, prêt à frapper de nouveau. Mais l'homme ne fit aucun geste pour se défendre. à la place, il pointa simplement du doigt au-dessus d'Owen.

  Owen fron?a les sourcils, se disant qu'il essayait de le distraire pour prendre l'avantage. Mais en entendant des cris s'élever soudain du village, il se retourna brusquement.

  Dans la nuit, sous le clair de lune, le village dans la neige était en feu.

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